Tag Archives: environnement

L’extinction des abeilles: Obama et un Street Artist réagissent

Mes pensées n’ont cessé ces derniers temps de retourner aux abeilles, et par connexion propre à mes références et ma tournure de cervelet…, à la  chanson intitulée « The birds and the bees » du merveilleux Dean Martin. Pas tellement parce que c’est l’arrivée de l’été et des siestes au bord de la piscine où bourdonnent ces jolies demoiselles -bien que j’espère ajouter ce motif aux autres d’ici quelques semaines-, mais parce que le sujet est apparu à plusieurs reprises dans mes sphères privée et professionnelle.

Tout d’abord, j’ai entendu dire que Barack Obama avait décidé de prendre des mesures pour sauver les abeilles et d’autres pollinisateurs, parmi lesquels certains oiseaux, les chauves-souris et les papillons. Le sujet de la disparition massive des abeilles et de son impact colossal sur l’environnement et l’économie inquiète le président depuis quelques années déjà, et le programme lancé récemment, le National Strategy to Promote the Health of Honey Bees and Other Pollinators (= Stratégie nationale pour promouvoir la santé des abeilles et des autres pollinisateurs) résulte d’années de réflexion et de recommandations d’experts scientifiques et environnementaux.

Copyright Alain Pitton photographer

Copyright Alain Pitton photographer

Pour résumer rapidement la situation eu égard aux abeilles, qui sont elles réellement nos amies pour la vie, j’ai utilisé le long, détaillé et référencé article que vous pourrez trouver en entier sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d%27effondrement_des_colonies_d%27abeilles. Les chiffres et études mentionnées sont récents, ce qui permet de retracer l’historique de certains débats, dont celui concernant l’effet potentiel des pesticides et insecticides.

Les abeilles se sont mises à disparaître dans les années 2000 aux Etats-Unis, en Europe, au Canada, puis partout ailleurs, de manière soudaine et extrêmement brutale ; des ruches se vident totalement, ses occupantes meurent par colonies entières. Le taux de mortalité normale d’environ 10% s’est vu multiplié par 2 ou 3 selon les pays. Or, les abeilles sont fondamentales pour la pollinisation, qui est fondamentale pour les cultures. Selon l’INRA, 84% des espèces cultivées en Europe en dépendent, et ce parfois à plus de 90% : pommiers, amandiers, cerisiers, concombres, oignons, avocats etc…

Copyright Un toit pour les abeilles

Copyright Un toit pour les abeilles

Copyright Chambre237 (quand nous disparaîtrons, vous disparaîtrez avec nous)

Copyright Chambre237 (quand nous disparaîtrons, vous disparaîtrez avec nous)

Pour vous donner un chiffre qui lui, vous éclairera, vous illuminera même sur les raisons pour lesquelles un chef d’Etat peut s’intéresser à ce petit insecte et décider de lui dédier des chercheurs et des années de recherches, sachez que « les services rendus à la pollinisation par les abeilles sont estimés à environ quinze milliards de dollars par an aux États-Unis » !

Bien des études ont été menées pour savoir à quoi cette disparition est due; maladies, pesticides, pollution, baisse de la résistance des abeilles aux agressions etc. Dans un premier temps, malgré l’insistance des écologistes notamment, les insecticides et pesticides ont presque été mis hors de cause, les études ne constatant pas d’effet direct assez concluant. En réalité, il s’est avéré récemment qu’ils sont bien responsables, mais qu’il faut prendre en compte la durée d’exposition aux produits qui les composent, son importance, et la synergie entre leur utilisation et d’autres facteurs : en bref, le fait notamment que l’agriculture actuelle réduit la biodiversité florale, que les rotations sont plus rares, la végétation herbacée systématiquement fauchée…, tout ceci rend les butineurs mal nourris plus sensibles aux agressions. Et plus stressés. Un stress accru par ailleurs par une mobilité imposée, intensifiée pour les mêmes raisons que tout le reste est intensifié.

La conjonction en 2013 et 2014 entre l’observation à plus long terme de colonies disparaissant en fin d’hiver alors qu’aucun symptôme n’avait été décelé en été et en automne, et les études montrant que des ruches bénéficiant d’une flore variée et d’un environnement sans pesticides n’étaient pas touchées, ont permis de finalement conclure que oui, l’agriculture intensive et l’utilisation de produits toxiques détruisent un écosystème essentiel, et que oui, nous pouvons faire quelque chose pour stopper, voire inverser, cette tendance.

Copyright www.zeutch.com

Copyright www.zeutch.com (Longue vie à la reine – Sauvons les abeilles)

Donc vous comprendrez que quand j’ai entendu que le Président des Etats-Unis annonçait des mesures concrètes pour faire face à ce problème, j’ai bondi de joie. Enfin me réjouissais-je, enfin ! Nous attendons tous de nos gouvernements qu’ils comprennent à quel point ces problèmes et leurs conséquences sont graves et nécessitent d’être pris à bras le corps. Assister à une première mesure de ce genre me faisait espérer qu’elles ne pouvaient plus que se multiplier, qu’il ne s’agissait là que d’un début, l’environnement allait enfin devenir un dossier aussi important que l’immigration ou le chômage.

Puis 2-3 soirs plus tard, alors que je regardais une partie du Petit Journal, voilà-t’y-pas que son présentateur, Yann Barthès, mentionne l’initiative d’Obama, pour la qualifier de preuve s’il en fallait une, que le Président des Etats-Unis est bien en fin de mandat, pour ne pas dire désespéré… S’ensuivit un sketch de Quentin et Eric, qui sont toujours très drôles et l’étaient à nouveau, parodiant un Bodyguard où Whitney Houston serait la Reine des abeilles… Difficile de ne pas sourire avec ces deux géniaux crétins, mais sur le fond j’étais, et je reste, atterrée. Est-ce que Yann Barthès ne sait pas que la disparition des abeilles est un sujet qui mérite ce genre d’initiative et de mesures, est-ce qu’il trouve réellement cela ridicule, ou est-ce qu’il n’a pas pu résister à la tentation de faire rire aux dépens d’Obama ? Dans tous les cas, c’est effrayant et à mon sens symptomatique…

C'est pas moi qui le dit!!

C’est pas moi qui le dit!!

J’espère de tout cœur que ce n’est pas un aperçu de ce qui nous attend à Paris en fin d’année lors de la COP21. J’y reviendrai, car je suis ce dossier de près, mais je crains à vrai dire le pire de la part des politiciens, ainsi que des journalistes, qui devraient tous relayer ces sujets au lieu de les laisser aux magazines « spécialisés » dans le bien-être ou l’écologie… Ou de les réduire à des sketchs tournant au grotesque les rares initiatives qui existent à un tel niveau de pouvoir.

Enfin, pour retourner du côté de la lumière et de l’espoir que peuvent donner les initiatives de Présidents, d’artistes, d’associations, de conférences parisiennes et de chacun d’entre nous, pour revenir également à mon fil directeur qui était « je ne cesse de croiser des abeilles », voici quelques photos illustrant un projet auquel j’ai eu la chance de participer ces dernières semaines.

Mon « vrai » travail, celui que je fais en parallèle de ce blog et qui me permet parfois de gagner un peu ma vie, mais surtout pour l’instant de faire, voir et participer à des choses fantastiques, m’a donné l’occasion de découvrir le travail de Louis Michel Masai (http://www.louismasai.com/). Masai est un Street Artist que l’extinction de nombreuses espèces animales touche et préoccupe, et qui a choisi d’exprimer son inquiétude et son besoin de réagir avec tout son talent, en le criant sur les murs. Lors d’un séjour en Afrique du Sud, il a observé l’importance du travail des abeilles pour les écosystèmes, et en revenant à Londres, où il vit, il s’est mis à peindre des abeilles dans le milieu urbain. Je les ai quant à moi essaimées un petit peu dans ce post…

Ses abeilles ont eu un succès énorme, et le mouvement a été repris sur les réseaux sociaux (voir #savethebees), tandis que des peintures naissaient sur les murs de Bristol, Devon, Glastonbury, en Croatie, à New York, à Miami et en Nouvelle Orléans.

Louis Masai Quai 36 Gare de Paris Nord

Louis Masai Quai 36 Paris Gare du Nord

Le 11 juin dernier, là là, ce jeudi, à Paris gare du Nord, Louis Masai peignait à quelques centimètres de votre honorée et émue servitrice, une abeille sur le mur du quai 36. Je dois avoir 98 photos, je vous en livre une ou deux… Au -1, il a également peint d’autres animaux en voie d’extinction sur les poteaux menant aux quais. Et ce n’est pas fini. J’ai donc pu voir ce joli insecte en train de prendre forme et couleurs sous mes yeux, me promener dans la gare pour voir le reste, et le reste, c’est aussi le travail de 15 autres Street Artists, invités par le collectif du Quai 36 et en partenariat avec SNCF Gares & Connexions à transformer la gare, à la rendre plus vivante, plus douce, plus émouvante aussi, les réactions et les échanges se multipliant au gré des sourires et yeux écarquillés que suscitent toutes ces œuvres. D’autres artistes sont encore là et l’opération se poursuit jusqu’au 8 juillet. La fresque quai 36, sur laquelle l’ensemble des artistes aura travaillé, est par ailleurs pérenne. Si vous passez par là…
Abeille Louis Masai

Louis Masai

Louis Masai - Autres animaux, Paris Gare du Nord

Louis Masai – Paris Gare du Nord

PS : si vous voulez en savoir plus sur l’opération de Quai 36, appelée Art Résidence, leur page facebook présente tous les jours de nouvelles photos et articles : https://www.facebook.com/quai36.org. Et si vous voulez en savoir plus sur le programme d’Obama, il y a par exemple cet article du Washington Post, très complet : http://www.washingtonpost.com/politics/whats-all-the-obama-buzz-about-bees/2015/05/18/5ebd1580-fd6a-11e4-805c-c3f407e5a9e9_story.html.

L’édifiant plaidoyer pour la viande du ministre belge de l’Agriculture

Le 20 mars dernier, Journée internationale SANS viande, Willy Borsus, ministre belge de l’Agriculture -entre autres, mais c’est ce qui importe ici-, s’est fendu d’un ahurissant communiqué de presse, publié sur son site. Enfin, on ne reste ahuri qu’un moment, ce sentiment cédant rapidement la place à l’énervement, voire la fulmination…

Si vous êtes de trop bonne humeur après une Pâques chocolatée à souhait, et que vous considérez qu’il faut absolument remédier à cet état, voici le lien vers ce catastrophique déferlement de lieux communs, clichés et claironnants appels à mettre votre santé en péril et à fermer les yeux sur l’ensemble des conséquences de la surconsommation de viande, pourvus que vos assiettes en débordent.
http://borsus.belgium.be/fr/9-bonnes-raisons-de-manger-aussi-de-la-viande

garfi166
Le nombre de contre-vérités ou de semi-vérités contenues dans ce communiqué en fait un véritable cas d’étude… du syndrome de la mauvaise foi, de ce que certaines personnes sont prêtes à faire pour préserver des acquis économiques sans se soucier des impacts, et accessoirement de ce que les politiciens acceptent de faire perdurer et de nous faire gober (au sens propre et au sens figuré !) quel qu’en soit le coût à moyen terme. Voire à court terme, car nous savons aujourd’hui que la situation est grave et que ceux qui l’affirment ne sont ni de faux prophètes ni des alarmistes, quoiqu’en pensent d’autres politiciens de génie, comme Sarah Palin par exemple, sans vouloir nommer personne…

Les réponses ne se sont pas faites attendre, et je ne vais pas vous faire subir les 9 points un par un alors qu’ils ont été très bien déconstruits par d’autres (voir par exemple http://www.unjoursansviande.be/communiquedepresseborsus.html).

Cependant, pour vous donner une idée du niveau et parce que j’ai besoin de réagir un tout petit peu sous peine d’ulcère, voici un petit bouquet garni de perles nourries au fumier, avec ogm ; un nouveau genre de jeu des sept erreurs…

“On ne consomme pas trop [de viande] (il faut reconnaître que la consommation a baissé de moitié en 30 ans). Il y a sans doute eu parfois des excès mais c’est rectifié et il faut maintenir le niveau actuel.” Il le faut, c’est compris ? Et peu importent les études scientifiques menées partout dans le monde et qui relient directement la consommation de viande et son augmentation constante à celles des maladies cardio-vasculaires, de l’obésité, certains cancers, le diabète etc.

“L’homme est un omnivore et sa physiologie nécessite la consommation de viande. Ainsi, il a besoin d’apport en fer, en protéines et en acides aminés, que seule la viande peut lui apporter en quantités et en qualités ad hoc.” Une affirmation qui nécessiterait un plus large article sur la question de la physiologie de l’homme, sur son évolution dans le temps et son soi-disant et par conséquent besoin de viande, mais pour l’essentiel, contentons-nous de rappeler que la physiologie de l’homme se rapproche plus du singe que du lion, et que des dizaines d’études et des centaines de milliers de personnes démontrent que le régime végétarien n’entraîne aucune carence, contribue à une meilleure santé et une plus grande espérance de vie.

“D’ici 2050, nous serons face à la nécessité de nourrir 9,5 milliards d’individus. La viande est indispensable si l’on veut contribuer à participer à ce défi et à fournir une alimentation équilibrée et saine à ces gens.” La phrase souvent citée qui résume le plus simplement la situation actuelle est que si nous ne modifions pas notre mode d’alimentation, il faudra 2 planètes pour nourrir l’ensemble de la population d’ici 2050; ce qu’aux dernières nouvelles, nous n’avons pas sous la main… Tandis qu’avec un régime végétarien, on nourrirait en effet la population mondiale correctement. Mais Monsieur le ministre doit savoir quelque chose que tout le monde ignore…

“Le développement de la production de viande peut s’opérer en veillant à gérer de manière durable les ressources fondamentales que sont l’eau et le sol, et donc apporte sa contribution à la lutte contre les changements climatiques.” Je ne sais même pas quoi dire, c’en est presque magnifique tellement c’est honteux de dire des choses pareilles ; quelqu’un peut-il m’expliquer par quelle logique le ministre passe de la première phrase à son « et donc » ?

Et enfin, le tellement triste paragraphe sur ce pauvre « Blanc bleu belge », un animal génétiquement modifié, qui souffre d’hypertrophies musculaires, fait plus peur à voir que Schwarzie en string, est gavé d’antibiotiques, et ne peut même plus vêler sans césarienne : “Cette viande est excellente pour la santé puisqu’il s’agit de la viande rouge la plus maigre. De même, elle est environnement-friendly.” Bouhouhooooo…

Communiqué Willy Borsus
Après avoir relu ce communiqué pour en retirer sa substantifique moelle, de bœuf évidemment, je me sens comme le fakir débutant qui s’est allongé volontairement sur un lit de clous… Omissions, chiffres tout à fait inédits trouvés je ne sais où, raisonnements biaisés, incohérences, bref, je m’arrache les cheveux, ce qui ne sert à rien certes, mais que faire ?

Comment espérer que la situation progresse et que nos gouvernements prennent en compte tous les facteurs essentiels dans la lutte pour le climat d’abord, mais aussi pour la santé de leurs citoyens, le bien-être de la population, le respect de la vie, de l’environnement, des ressources et oui, oui, des animaux, si certains d’entre eux peuvent encore user de leur légitimité pour exprimer des vues pareilles ?

Une page d’espoir s’impose… A New-York, 18 jours avant la Journée internationale sans viande, tandis que Monsieur Borsus rédigeait sa déclaration, Paul McCartney prenait la parole au Bloomberg Philanthropies, en amont et en préparation de la COP qui se tiendra à Paris au mois de décembre. McCartney, qui a lancé le mouvement du Meat Free Monday, aussi connue sous le nom de Journée sans Viande et suivi par des centaines de milliers de personnes aujourd’hui, s’exprimait devant des experts sur l’évolution du climat et des représentants des Nations-Unies.

Voici un court montage d’extraits de son discours, qui ne dure qu’une minute :
https://youtu.be/1E1NDjltMvk

En quelques mots, il présente la campagne qu’il mène depuis des années en Grande-Bretagne, et les effets qu’elle a sur l’impact carbone de tout un chacun, la santé, l’environnement et la condition animale, ainsi que sur l’envie que nous avons tous, je le crois aussi, de faire quelque chose, d’agir pour le bien de notre belle planète. Peu de mots, mais qu’il pourrait tous étayer par un tel nombre d’études rédigés par des regroupements d’experts, des universités, des associations etc., qu’il n’y a guère besoin d’en dire plus. Des faits, c’est tout.

J’en oublierais presque la lecture que je viens de subir…
Willy Borsus communiqué

P.S.: Pour ceux d’entre vous que cela intéresse et qui n’ont pas peur des recettes en anglais (si vous en voyez une qui vous tente et que vous aimeriez que je vous la traduise, n’hésitez pas, je serais ravie de le faire !), voici le lien vers le site du Meat Free Monday : http://www.meatfreemondays.com/

P.P.S.: Un grand merci à Julie, qui a apporté ce communiqué et la réponse de l’association belge unjoursansviande à mon attention. Et un grand merci à vous tous pour votre présence et votre soutien. A bientôt !

La COP21, les Gaz à Effet de Serre et l’alimentation carnée

En décembre de cette année 2015, la COP21 aura lieu à Paris. Qu’est-ce que c’est que la COP21 ? La Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques, soit la réunion de 196 pays, d’organismes intergouvernementaux et de représentants de la société civile, venus parler du climat. Et à quoi ça sert ? En théorie, principalement à « contenir le dérèglement climatique » en parvenant à un accord pour définir et « amplifier les engagements des États dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre »(1).

Curieuse, enthousiasmée, je vais sur le net lire quelques articles, pour voir entre autres qui seront les intervenants et quels seront les questions et thèmes abordés. Bien sûr, je cherche des yeux, pas du tout inconsciemment, le sujet qui me tient particulièrement à cœur. Page après page.

L’alimentation doit bien se trouver au centre des débats ou d’au moins un débat, étant donné l’impact ahurissant de l’élevage et de la surconsommation de viande sur, précisément, les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le sujet sera abordé, il ne peut en être autrement, pas vrai ?

Tandis que je parcoure les différents sites et lis les déclarations des uns et des autres, le doute s’insinue en moi. J’ai déjà eu plus d’une fois ce sentiment, cet étonnement, cette inquiétude. La dernière fois, j’étais avec une amie à la Marche pour le climat à Marseille. J’étais ravie d’être là, évidemment, et ravie que tous ces gens marchent dans les rues de si nombreuses villes pour manifester leur engagement. Mais il n’y avait pas le moindre soupçon de début d’indice qu’éventuellement manger moins de viande serait une solution parmi d’autres.

En réalité, une solution particulièrement efficace. Que personne n’a manifestement envie de mentionner, de porter au cœur du débat. Sans doute parce que c’est déjà si difficile de parler de l’environnement, de l’écologie et de les changements que chacun de nous devrait apporter à ses habitudes, que parler de ce qui fâche le plus est une prise de risque trop importante. Peut-être qu’en abordant ce sujet, le risque existe de s’aliéner trop de gens durement acquis à la cause ?

Alors que des millions de gens ont compris l’importance de trier leurs déchets, d’utiliser moins d’eau pour les douches et les jardins, d’acheter des voitures hybrides ou de circuler en vélo autant que possible, leur montrer que diminuer la quantité de viande qu’ils mangent tous les jours aurait un impact bien supérieur à tous ces efforts, c’est apparemment trop. Il est malheureusement vrai que dès qu’on parle de végétarisme, de journées sans viande ou de cantines proposant autre chose que de la viande aux enfants, la colère, l’agressivité, une certaine forme de vexation peut-être, d’intransigeance, prennent le pas sur la réflexion.

Je vais quand même essayer. Et continuer d’espérer que ce sujet sera porté lors de la COP21. 3000 journalistes seront présents, 40 000 personnes sont attendues, et les représentants de 196 pays seront là ; on ne peut pas rater cette occasion de parler de l’impact qu’aurait ce changement dans nos habitudes alimentaires. Il n’y a même pas besoin qu’il soit radical, il faut que les gens en aient conscience, qu’ils sachent que ce sujet n’est pas seulement porté par un groupe minoritaire d’illuminés décidés à sauver les animaux ou à préserver leurs artères…

Les faits et chiffres qui suivent concernent principalement l’élevage bovin, ce type de bétail étant le plus polluant et destructeur de tous. Mais je n’utilise pas un extrême pour travestir la réalité ; bien qu’ils se trouvent à l’extrême de la « chaîne de pollution », les bovins sont tout de même 1,4 milliards sur la planète, dont 24 millions en Europe, et si le porc, la volaille, les œufs et les produits laitiers sont dix fois moins polluants, ça ne diminue en rien l’impact des uns, ni des autres.

Pour nourrir les pays de la planète qui mangent le plus de viande, les pays qui en consomment pour l’instant le moins ont dû se mettre à la culture de céréales. Non pas pour se nourrir eux donc, mais pour nourrir le bétail qu’ils exportent. Une réalité d’autant plus vicieuse que par conséquent, ces pays sont les plus polluants et risquent donc d’être montrés du doigt… Il ne faut surtout pas laisser cela se produire ! Ce serait un comble, d’un remarquable cynisme.

Pour produire 1 kilo de viande, il faut 7 kilos de céréales. Pour les cultiver, il est indispensable d’augmenter la surface de terre cultivable. Ce qu’on obtient en abattant les forêts… Selon Greenpeace, l’élevage bovin est responsable à 80% de la destruction de la forêt amazonienne ; ça fait mal, non ? Et 80% des importations de bovins pour l’Union Européenne, au sein de laquelle la France en est le plus gros consommateur, viennent d’Amérique du Sud(5).

Pour produire ce même kilo de viande, il faut plus de 15 000 litres d’eau. Vous vous rendez-compte ? 15 000 litres. Quand on sait qu’un Français mange en moyenne 240 grammes de viande par jour, ça fait grosso modo 15 000 litres d’eau par semaine par Français(5). Le même Français qui a cessé de prendre des bains, coupe le robinet quand il se brosse les dents et n’arrose plus son jardin qu’une fois tous les deux jours, parce qu’il faut penser à l’environnement et préserver les ressources en eau de la planète…

copyright-source FAO - FAO Livestock's long shadow

copyright-source: FAO – FAO Livestock’s long shadow

Par ailleurs, l’élevage pollue cette eau, réduit la biodiversité et compacte les sols qui deviennent stériles. Entre les déchets des animaux eux-mêmes, les engrais et les pesticides utilisés pour la culture, les hormones et les antibiotiques dont on les gave, et les produits chimiques, l’élevage est responsable de 64% des émissions d’ammoniac, qui cause les pluies acides. Youpi et reyoupi.

Quant aux fameux gaz à effet de serre (GES), ou « empreinte carbone », voici le bilan : l’élevage est responsable de 18% des émissions annuelles de gaz à effet de serre dans le monde. Soit plus que les transports, pourtant principaux pollueurs dans l’esprit des gens. En France, il est responsable de 11% de ces émissions(2). Il faut croire que les lobbys de la viande sont plus puissants que ceux des constructeurs automobiles…

http://www.unjoursanscopyright-source viande.be/deforestationetrechauffement.html

copyright-source: http://www.unjoursans viande.be

Ces gaz sont au nombre de trois ; le méthane, émis par les ruminants lorsqu’ils digèrent (là encore, les bovins pèsent plus lourd dans la balance que les cochons ou les poulets qui sont monogastriques) ; le dioxyde de carbone, émis tout au long du cycle de production de la viande, et le protoxyde d’azote, lié à l’épandage des engrais(2). En clair, 1 kilo de viande de veau équivaut à un trajet de 220 kilomètres, 1 kilo de blé ou de pommes de terre, à un créneau…3)

Quand on sait que la consommation de viande a quintuplé en cinquante ans – c’est démentiel !- et que les spécialistes estiment que d’ici 2050 elle va encore doubler, on ne peut que paniquer. En un mot, il est tout à fait impossible que les ressources naturelles puissent répondre à une telle demande. Et qu’en sera-t-il alors de la pollution ? Allons-nous encore une fois attendre qu’il soit trop tard ? Céder aux impératifs économiques à court terme ? Ou allons-nous enfin informer les gens et essayer, au moins, de faire une priorité du ralentissement progressif de cette surconsommation nocive à tous les niveaux ?

Qu’en pensez-vous?

copyright-source http://www.viande.info/schemas/effet-de-serre-selon-alimentation

copyright-source http://www.viande.info/schemas/effet-de-serre-selon-alimentation

Mes sources principales pour la rédaction de ce post, à lire si le sujet vous intéresse :
1. Le site de la COP 21 http://www.cop21.gouv.fr/fr
2. Le site http://www.la-viande.fr
3. Le site http://www.unjoursansviande.be
4. Les rapports de la FAO : http://www.fao.org/cfs/cfs-hlpe/rapports/fr/
5. http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2202_surconsommation_viande.php

Pourquoi je suis devenue végétarienne

Je voudrais pouvoir dire que dès mon plus jeune âge je compris que le sort que nous réservons aux animaux était cruel et injustifié, mais ce n’est pas le cas… J’ai longtemps mangé de la viande et certaines odeurs me chatouillent encore les narines et me titillent les glandes salivaires. Néanmoins, je me suis très jeune trouvée hypocrite et j’ai longtemps gardé ce sentiment ; je savais que j’étais incapable de tuer moi-même ce que je mangeais, même si j’avais désiré manger des moucherons ; les boucheries et les étals de poissons me répugnent avec leurs odeur de mort et les morceaux de chair sanguinolents exhibés en vitrine ; et si par hasard on me servait une petite caille ou un poisson avec la tête, je me sentais accablée et devais demander à ce que quelqu’un, un serveur ou un ami, enlève de mon assiette tout ce qui rapprochait trop ce que je voyais d’un animal autrefois vivant… Quoi qu’il en soit, le goût que j’avais de certains de ces aliments mettait toujours mes doutes au second plan et m’engageait surtout à ne pas trop y réfléchir.

De temps à autres, je lisais un article sur le végétarisme ou sur la condition animale, qui éveillait mon sentiment que quelque chose allait de travers dans mon comportement ; mais ce ne sont pas les images choquantes ou les descriptions détaillées de méthodes quasiment sadiques qui m’ont convaincue : je ne peux pas regarder les vidéos qu’envoient les organisations en tous genres pour nous montrer comment on traite les animaux. Je ne supporte en fait même pas de lire les descriptions de ces traitements, et si mes yeux en enregistrent par mégarde quelques lignes, j’en garde longtemps le souvenir anxieux.

C’est au contraire la lecture d’un article très factuel sur les conséquences de la surconsommation de viande qui m’a fait arrêter net. Apprendre que le fait que nous mangeons trop de viande a un impact direct et énorme sur notre environnement, la pollution de l’air, le gaspillage de l’eau, et plus terrible encore, sur l’alimentation ou plutôt la non-alimentation des populations qui vivent au sud de la planète, a agi comme une décharge. Il était donc possible de faire un lien direct entre la viande qui s’approchait de ma bouche et la nourriture enlevée de celle de quelqu’un de l’autre côté de la planète… Il ne m’était dès lors plus envisageable d’hésiter.
Et à l’instant où ma décision fut prise, je me sentis mieux. C’était radical. J’étais enfin alignée, comme si ce que je sentais être « de travers » s’était redressé : j’étais enfin en harmonie avec moi-même.

L’aventure de mon végétarisme ne faisait cependant que commencer.