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Les animaux, les enfants, et ce qu’on leur sert

Avez-vous remarqué que les enfants commencent quasiment toujours par imiter les différents cris des animaux, avant d’imiter ceux de leurs parents ? Combien y a-t-il de jeux différents pour apprendre aux tout-petits à faire miaou comme le chat, wouf comme le chien, meuh comme la vache et grouik grouik comme le cochon, savoir qui mange quoi, reconnaître les habitats des uns et des autres, différencier le pelage du plumage de l’écaille et du cuir ? Et je ne parle même pas des livres et dessins animés innombrables ou des omniprésentes peluches, que l’enfant peut serrer contre lui dès l’âge de 3 mois et jusqu’à celui de 99 ans si ça lui chante.
Livres et jeux enfants animaux
Peut-être que tous les enfants ne sont pas systématiquement ou naturellement attirés par les animaux, qui peuvent aussi simplement les intriguer ou leur faire peur, mais tout de même, on peut constater chez eux un net penchant pour ces autres êtres vivants tout doux à caresser. D’ailleurs, qui n’a pas vécu la joie d’emmener un enfant au parc et de constater la sienne à la vue de l’un ou l’autre animal, à l’approche d’un lapin, d’un veau ou d’un petit mouton ?
children animals
Avez-vous remarqué également que les enfants semblent tous traverser une période pendant laquelle ils ne veulent plus rien manger d’autre que du jambon et des saucisses accompagnés de coquillettes ou de purée, alors qu’à peine quelques mois avant, ils dévoraient des petits pots de fruits et légumes qu’ils ne recommenceront à aimer qu’une fois passée l’adolescence ?

Quel rapport me direz-vous ? Enfin, non, je suis sûre que vous ne me direz pas ça, mais ce rapport précisément, pourquoi n’est-il jamais fait clairement ? Ne serait-il pas normal d’expliquer à l’enfant qui s’apprête à déguster sa première tranche de jambon, sa première rondelle de la matière qui constitue une saucisse herta, d’où provient cette matière ? Comment on va tuer le porcelet qui l’a tellement fait rigoler le week-end dernier, comment on va dépecer le lapin qui l’a rendu hystérique d’émerveillement enfantin ? Et comment tous ces animaux sont traités au quotidien pour finir dans des paquets cellophanés?
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Non, parce qu’il ne faut pas traumatiser les enfants, surtout pas en leur disant la vérité.
Pourtant, c’est la vérité. Et je trouve triste le contraste entre cette place prédominante que prend le monde animal dans le développement de l’enfant et dans son monde affectif, et celle qu’il ne prend plus du tout quand il s’agit de se mettre à table. Je comprends l’existence de ce paradoxe, mais j’ai de plus en plus de mal à le trouver normal. Tout comme je me fatigue doucement de cet autre contraste, celui entre les gros rires qui fusent si un enfant s’exclame devant moi qu’il adoooore le caneton farci , et les gros yeux qui me foudroient si jamais je suggère en chuchotant bien loin de toutes les mini-oreilles que cette visite à la ferme en mode bisounours est peut-être un peu hypocrite -tous ces « tu as vu mon chéri comme il est mignon le petit nanio », alors qu’on sait que deux jours plus tard la gorge du petit nanio sera tranchée pour que Pâques ait le même goût que l’année précédente …
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Que les enfants décident une fois qu’on leur a tout expliqué qu’ils ont quand même envie de manger du saucisson, du lapereau ou des cuisses de grenouille, soit, mais mon avis reflète plutôt celui exprimé par Harvey Diamond : « Mettez un enfant dans un berceau avec une pomme et un lapin. S’il mange le lapin et joue avec la pomme, je vous achète une voiture neuve ! ». Bon, soyons clairs, je ne vous achèterai pas de voiture, à la rigueur une trottinette, c’est moins polluant, moins dangereux et plus joli. Et jamais non plus je ne parlerai aux enfants de qui que ce soit à la place de leurs parents ; mais je pense vraiment que c’est une question à se poser, et que les enfants se poseront de toute façon un jour.

Copyright: Elena Shumilova - Ses photos sur https://500px.com/ElenaShumilova

Copyright: Elena Shumilova – Ses photos sur https://500px.com/ElenaShumilova

Et non, les images agrémentant votre lecture de ce post ne contiennent aucun message subliminal 😉

La COP21, les Gaz à Effet de Serre et l’alimentation carnée

En décembre de cette année 2015, la COP21 aura lieu à Paris. Qu’est-ce que c’est que la COP21 ? La Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques, soit la réunion de 196 pays, d’organismes intergouvernementaux et de représentants de la société civile, venus parler du climat. Et à quoi ça sert ? En théorie, principalement à « contenir le dérèglement climatique » en parvenant à un accord pour définir et « amplifier les engagements des États dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre »(1).

Curieuse, enthousiasmée, je vais sur le net lire quelques articles, pour voir entre autres qui seront les intervenants et quels seront les questions et thèmes abordés. Bien sûr, je cherche des yeux, pas du tout inconsciemment, le sujet qui me tient particulièrement à cœur. Page après page.

L’alimentation doit bien se trouver au centre des débats ou d’au moins un débat, étant donné l’impact ahurissant de l’élevage et de la surconsommation de viande sur, précisément, les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le sujet sera abordé, il ne peut en être autrement, pas vrai ?

Tandis que je parcoure les différents sites et lis les déclarations des uns et des autres, le doute s’insinue en moi. J’ai déjà eu plus d’une fois ce sentiment, cet étonnement, cette inquiétude. La dernière fois, j’étais avec une amie à la Marche pour le climat à Marseille. J’étais ravie d’être là, évidemment, et ravie que tous ces gens marchent dans les rues de si nombreuses villes pour manifester leur engagement. Mais il n’y avait pas le moindre soupçon de début d’indice qu’éventuellement manger moins de viande serait une solution parmi d’autres.

En réalité, une solution particulièrement efficace. Que personne n’a manifestement envie de mentionner, de porter au cœur du débat. Sans doute parce que c’est déjà si difficile de parler de l’environnement, de l’écologie et de les changements que chacun de nous devrait apporter à ses habitudes, que parler de ce qui fâche le plus est une prise de risque trop importante. Peut-être qu’en abordant ce sujet, le risque existe de s’aliéner trop de gens durement acquis à la cause ?

Alors que des millions de gens ont compris l’importance de trier leurs déchets, d’utiliser moins d’eau pour les douches et les jardins, d’acheter des voitures hybrides ou de circuler en vélo autant que possible, leur montrer que diminuer la quantité de viande qu’ils mangent tous les jours aurait un impact bien supérieur à tous ces efforts, c’est apparemment trop. Il est malheureusement vrai que dès qu’on parle de végétarisme, de journées sans viande ou de cantines proposant autre chose que de la viande aux enfants, la colère, l’agressivité, une certaine forme de vexation peut-être, d’intransigeance, prennent le pas sur la réflexion.

Je vais quand même essayer. Et continuer d’espérer que ce sujet sera porté lors de la COP21. 3000 journalistes seront présents, 40 000 personnes sont attendues, et les représentants de 196 pays seront là ; on ne peut pas rater cette occasion de parler de l’impact qu’aurait ce changement dans nos habitudes alimentaires. Il n’y a même pas besoin qu’il soit radical, il faut que les gens en aient conscience, qu’ils sachent que ce sujet n’est pas seulement porté par un groupe minoritaire d’illuminés décidés à sauver les animaux ou à préserver leurs artères…

Les faits et chiffres qui suivent concernent principalement l’élevage bovin, ce type de bétail étant le plus polluant et destructeur de tous. Mais je n’utilise pas un extrême pour travestir la réalité ; bien qu’ils se trouvent à l’extrême de la « chaîne de pollution », les bovins sont tout de même 1,4 milliards sur la planète, dont 24 millions en Europe, et si le porc, la volaille, les œufs et les produits laitiers sont dix fois moins polluants, ça ne diminue en rien l’impact des uns, ni des autres.

Pour nourrir les pays de la planète qui mangent le plus de viande, les pays qui en consomment pour l’instant le moins ont dû se mettre à la culture de céréales. Non pas pour se nourrir eux donc, mais pour nourrir le bétail qu’ils exportent. Une réalité d’autant plus vicieuse que par conséquent, ces pays sont les plus polluants et risquent donc d’être montrés du doigt… Il ne faut surtout pas laisser cela se produire ! Ce serait un comble, d’un remarquable cynisme.

Pour produire 1 kilo de viande, il faut 7 kilos de céréales. Pour les cultiver, il est indispensable d’augmenter la surface de terre cultivable. Ce qu’on obtient en abattant les forêts… Selon Greenpeace, l’élevage bovin est responsable à 80% de la destruction de la forêt amazonienne ; ça fait mal, non ? Et 80% des importations de bovins pour l’Union Européenne, au sein de laquelle la France en est le plus gros consommateur, viennent d’Amérique du Sud(5).

Pour produire ce même kilo de viande, il faut plus de 15 000 litres d’eau. Vous vous rendez-compte ? 15 000 litres. Quand on sait qu’un Français mange en moyenne 240 grammes de viande par jour, ça fait grosso modo 15 000 litres d’eau par semaine par Français(5). Le même Français qui a cessé de prendre des bains, coupe le robinet quand il se brosse les dents et n’arrose plus son jardin qu’une fois tous les deux jours, parce qu’il faut penser à l’environnement et préserver les ressources en eau de la planète…

copyright-source FAO - FAO Livestock's long shadow

copyright-source: FAO – FAO Livestock’s long shadow

Par ailleurs, l’élevage pollue cette eau, réduit la biodiversité et compacte les sols qui deviennent stériles. Entre les déchets des animaux eux-mêmes, les engrais et les pesticides utilisés pour la culture, les hormones et les antibiotiques dont on les gave, et les produits chimiques, l’élevage est responsable de 64% des émissions d’ammoniac, qui cause les pluies acides. Youpi et reyoupi.

Quant aux fameux gaz à effet de serre (GES), ou « empreinte carbone », voici le bilan : l’élevage est responsable de 18% des émissions annuelles de gaz à effet de serre dans le monde. Soit plus que les transports, pourtant principaux pollueurs dans l’esprit des gens. En France, il est responsable de 11% de ces émissions(2). Il faut croire que les lobbys de la viande sont plus puissants que ceux des constructeurs automobiles…

http://www.unjoursanscopyright-source viande.be/deforestationetrechauffement.html

copyright-source: http://www.unjoursans viande.be

Ces gaz sont au nombre de trois ; le méthane, émis par les ruminants lorsqu’ils digèrent (là encore, les bovins pèsent plus lourd dans la balance que les cochons ou les poulets qui sont monogastriques) ; le dioxyde de carbone, émis tout au long du cycle de production de la viande, et le protoxyde d’azote, lié à l’épandage des engrais(2). En clair, 1 kilo de viande de veau équivaut à un trajet de 220 kilomètres, 1 kilo de blé ou de pommes de terre, à un créneau…3)

Quand on sait que la consommation de viande a quintuplé en cinquante ans – c’est démentiel !- et que les spécialistes estiment que d’ici 2050 elle va encore doubler, on ne peut que paniquer. En un mot, il est tout à fait impossible que les ressources naturelles puissent répondre à une telle demande. Et qu’en sera-t-il alors de la pollution ? Allons-nous encore une fois attendre qu’il soit trop tard ? Céder aux impératifs économiques à court terme ? Ou allons-nous enfin informer les gens et essayer, au moins, de faire une priorité du ralentissement progressif de cette surconsommation nocive à tous les niveaux ?

Qu’en pensez-vous?

copyright-source http://www.viande.info/schemas/effet-de-serre-selon-alimentation

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Mes sources principales pour la rédaction de ce post, à lire si le sujet vous intéresse :
1. Le site de la COP 21 http://www.cop21.gouv.fr/fr
2. Le site http://www.la-viande.fr
3. Le site http://www.unjoursansviande.be
4. Les rapports de la FAO : http://www.fao.org/cfs/cfs-hlpe/rapports/fr/
5. http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2202_surconsommation_viande.php