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Un jeu très actuel, pour revenir à nos fermes d’antan

Quelques jours après avoir écrit mon dernier post, je suis tombée sur un site mentionnant un jeu “honnête” pour les enfants; je suis de ce pas allée voir ce qu’il en était et en effet! L’association CIWF (une ONG œuvrant pour des pratiques d’élevage respectueuses du bien-être animal) a créé un jeu de ferme, tout à fait dans le même style que ce qu’on fait habituellement au niveau des couleurs, des formes simples et des mignons animaux, si ce n’est que l’idée est d’en entasser le plus possible, de leur donner des antibiotiques afin qu’ils soient “en bonne santé”, de déforester un maximum pour les nourrir, avant de les transformer en mini-tranches de lard ou en bouteille de lait qu’on emmène ensuite au supermarché dans un adorable camion!
antibiotics take-your-food-to-marketAbsolument excellent. Je pense que ce serai un outil pédagogique parfait pour expliquer aux enfants ce qui est fait dans le vilain monde de l’élevage intensif, partout sur la planète. En plus, les enfants aimeraient y jouer, il n’y a qu’à voir l’objet pour en être persuadé! Mais Your Farm n’est pas fabriqué ni vendu, bien sûr. Il s’agit d’une campagne, vraiment géniale, visant via l’adhésion à la liste des #FarmFixers (autrement dit, ceux qui “réparent” le système) et à diffuser le message auprès de personnes influentes. N’hésitez pas à vous inscrire (http://bit.ly/1MTTDH7) ou à aller regarder la publicité qu’ils ont conçue, également parfaite :  http://bit.ly/1Uct0Dh, ou encore leur site: www.ciwf.fr
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De mon côté, je souhaite la fin de la consommation d’animaux, qui implique celle de l’élevage, mais il est indéniable que ce serait déjà une excellente chose si les animaux vivaient dans de meilleures conditions. Cet été, j’étais en Ecosse pour une dizaine de jours, et même si je sais qu’ils sont particulièrement fiers de leurs vaches Angus dont les steaks sont vantés dans pratiquement tous les restaurants, ainsi que leurs agneaux, snif, j’étais constamment émue de voir partout les moutons gambader dans des collines à perte de vue, les vaches se promener avec leur veau dans l’herbe vert vif, sans parfois ne serait-ce qu’apercevoir de clôtures. Je ne pouvais que penser à tous leurs congénères, enfermés dans des espaces ridicules et malodorants, torturés physiquement et psychologiquement, séparés de leurs petits, et me dire qu’à choisir, le “système” écossais m’irait -et leur irait, surtout!- bien mieux.
IMG_0558Le système écossais étant tout simplement comme vous le savez bien, l’exemple de ce qui se faisait avant; un élevage raisonnable, avec un nombre censé d’animaux qui vivaient à l’extérieur et mangeaient ce qu’ils sont naturellement supposés manger, respirant l’air frais, les sabots dans l’herbe et la terre…

Bin oui, c’était mieux avant 😉 et ça fait du bien parfois de voir encore des animaux comme ceux-ci, heureux et tellement beaux. Libérons tous les autres!! Et les cochons, et les poulets et les lapins et les lions et les orques et les dauphins, etc… En mangeant moins ou pas de viande ni de poisson, on va forcément réussir à provoquer une réaction, ne serait-ce que parce que les élevages intensifs n’auront plus de raison d’être. Vivement ce jour, qui approche, j’en suis certaine!

Bonne journée et bon week-end à tous, et un grand merci d’être là.

Ma vie de veggie: est-ce que la viande me manque ?

Il serait trompeur, et risqué, de croire qu’à l’instant où vous prendrez la décision de ne plus manger de viande ni de poisson, le dégoût de ces ex-aliments vous envahira à la seule lecture des menus brandis sous votre nez par des serveurs aux desseins plus sournois encore que ceux du diable face à St-Antoine. De même qu’il est réducteur de s’imaginer que la plupart des végétariens n’aimaient sans doute guère la viande avant, ce qui explique leur étrange capacité à adopter un régime alimentaire qu’un vrai gastronome ne peut envisager sans sueurs froides, tremblements et vertiges.

Cette démarche implique des changements et de véritables renonciations. Pour autant, les motivations sont nombreuses, les frustrations sont minimes et elles disparaissent avec le temps, de manière parfois surprenante. Le corps, et la tête surtout, s’habituent à ce que les animaux ne soient plus les objets d’une possible convoitise gustative. Quelque chose se passe vraiment dans nos têtes.

copyright The Vegetarian Society

copyright The Vegetarian Society

Prenons mon cas. Je ne vais certes pas prétendre que j’étais une carnivore insatiable ; je ne supportais rien dans mon assiette qui me rappelle que je m’apprêtais à mettre en bouche une tranche de créature encore vivante il y a peu. Je n’ai jamais non plus supporté les boucheries, dont je trouve l’aspect répugnant, et c’est vrai, n’est-ce pas surréaliste en soi, grotesque dans l’absolu, cet étalage esthétisant de morceaux de cadavres, pieds, intestins, cervelles et langues, artistiquement disposés en un dégradé de rouges sur fonds blancs ? Qui plus est, ces lieux puent la mort, on la sent toujours à l’arrière-plan quelles que soient la quantité de javel et la température frigorifique dispensées pour tromper nos sens ; enfin bref, je m’égare…

Alors comme ça, vous payez quelqu'un pour tuer à votre place et vous mangez les corps, mais vous n'êtes pas un psychopathe?

Alors comme ça, vous payez quelqu’un pour tuer à votre place et vous mangez les corps, mais vous n’êtes pas un psychopathe?

Quoi qu’il en soit donc, malgré tout et nonobstant, le spaghetti bolognaise de ma mère était mon plat préféré avant que je devienne végétarienne. J’appréciais aussi le fondant de l’onglet aux échalotes, la saveur des coquilles St-Jacques, le croustillant du gras d’un magret, et comme tout le monde, j’ingurgitais nonchalamment tranche de saucisson après tranche de saucisson à la moindre occasion. Oui, je connaissais les plaisirs de la chair, crue et cuite.

Fut-ce facile d’y renoncer ? Oui et non. Passés les moments d’euphorie et d’auto-félicitation, l’excitation des nouvelles recettes, nouveaux plats, nouveaux ingrédients et nouvelles saveurs, il faut sortir de chez soi. Il faut expliquer aux amis qu’on aimerait qu’il y ait aussi des légumes crus à l’apéro ou qu’on commande aussi une pizza sans jambon. Puis dénicher au restaurant un plat qui ne comporte ni viande ni poisson mais nous donne quand même envie. Et où qu’on soit, résister parfois à l’appel des odeurs familières et des intitulés qui nous mettaient fut un temps l’eau à la bouche.

En effet, si la chair est faible, son attrait est puissant. Je me souviens en particulier de mes tourments quand on me décrivit la longue préparation d’un jarret enduit de miel et passé au four ; quand mes amis ramenèrent du marché des cuisses de canard pour le barbecue du soir ; les premières fois où de petits bols d’odorant saucisson sec furent déposés à droite à gauche sur les tables basses. Je n’ai pas toujours su résister. Il m’est même arrivé d’avoir une envie irrépressible de hamburger. Pas d’un hamburger maison hein, d’un bon gros hamburger dégueu, du type indigérable en moins de 18 heures, que je ne mangeais même pas avant d’avoir arrêté la viande…

Donc oui, il faut se préparer au fait qu’à un moment la viande nous manque, et que notre organisme en réclame.

Mais mais mais, non seulement ce n’est pas bien grave, mais tout cela n’a qu’un temps. Après tout, quand vous avez décidé de commencer à trier vos déchets, vous ne vous en êtes pas voulu pendant des jours si par malheur vous réalisiez avoir mis le carton dans la poubelle des déchets ménagers ? Vous saviez que votre intention était bonne et qu’à terme, vous alliez y arriver. Ici, d’accord c’est un peu différent, mais bon l’idée à retenir, c’est qu’il faut essayer d’avoir la même attitude. Pas besoin d’être parfait, forcément vous allez reluquer la viande en sauce du voisin alors qu’aujourd’hui vous êtes conscient qu’il s’agit d’un morceau prélevé sur le corps d’un ex-petit agneau adorable qui gambadait tranquillou avec sa maman dans les prés fleuris.

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Mais il y a quelques jours à peine, peu vous importait, alors respirez, pensez au petit bestiau adorable susmentionné ou à toute autre image qui vous a motivé à faire ce choix magnifique du végétarisme et tout va très bien se passer. Que vous craquiez ou non. Vous verrez, votre corps et votre tête vont vous aider, bien plus rapidement que vous ne l’imaginez, à tourner cette page de votre vie alimentaire.

Non seulement on est porté par le bien-fondé de notre démarche, non seulement décliner les tentations est loin d’être insurmontable (je vous suggère quand même d’annoncer votre décision à vos amis et proches, car leur regard sur vous vous aidera à ne pas craquer ; si vous ne dites rien à personne, c’est d’autant plus simple de prendre quelques rondelles de sifflard ni vu ni connu, avant d’aller se flageller dans l’antichambre…), mais en plus et surtout, notre cerveau nous aide à enraciner notre décision, de manière parfois frappante.

Prenons encore moi. Un jour, j’ai décidé de m’accorder une toute petite mais vraiment de rien du tout infraction parce que j’avais vraiment trop envie de ce je-ne-sais-plus-quoi. J’ai vécu un choc et une révélation, frappante, donc : je ne vivais pas du tout le grand moment de plaisir gustatif extatique attendu, avec larme à l’œil et retenez-moi ou je mange tout le reste, mais au contraire un moment très désagréable… Le goût « viandeux », « animal » de ce que j’avais en bouche était bien trop fort; j’avais l’impression de manger je ne sais pas moi, un bout de gibier faisandé, la vieille semelle d’un bouc… en tout cas au lieu de trouver ça bon et de soupirer d’aise, je me retrouvais avec de la chair cuite dans la bouche.

J’étais étonnée, par l’expérience bien sûr, par le fait d’avoir cédé à mes principes pour finalement si peu, mais surtout fascinée ; je pense vraiment que le cerveau reconnecte petit à petit le fait de manger de la viande à des notions négatives, à une façon de vivre et de faire qu’on refuse désormais, et que par conséquent, notre corps ne peut plus vivre cette expérience de manière « savoureuse ». En tout cas, je vous assure que même si je divague sur la plasticité du cerveau et son rôle dans ce processus, vous vivrez aussi ce détachement progressif, ce désintérêt ; et que si vous craquez, eh bien allez-y -c’est mieux que de continuer à fantasmer sur la viande au risque d’abandonner tout à fait- et vous verrez qu’après avoir craqué quelques fois, vous en aurez de moins en moins envie.

Jusqu’à ce que ça vous soit complètement égal. Que vous ne vous souveniez même plus de ce qui vous avait fait craquer, comme je ne me souviens plus de ce qu’était en réalité ce fameux morceau de bouc. Après quatre ans de végétarisme -et quelques infractions plus ou moins assumées-, même écrire certains paragraphes de cet article m’a rappelé à quel point nos choix nous transforment. Paragraphe 6, je ne parvenais pas à décrire ce que je trouvais si appétissant il y a trois ans: j’avais d’abord écrit « cochon », mais c’était un peu dégoûtant ; j’ai réécrit la phrase plusieurs fois sans être satisfaite, et finalement j’ai mis « jarret »…

Aujourd’hui, un cochon n’est plus pour moi autre chose qu’un petit animal génial, et écrire qu’un cochon au miel me donnait à ce point envie d’en manger ne me semble même plus crédible ! Etonnant, non?

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