Aoste, tu l’auras voulu!

Hier soir j’eus le déplaisir de découvrir la nouvelle publicité de la marque Aoste. Quand bien même j’essayai alors de m’apaiser en émettant l’idée que s’ils font ce genre de publicités c’est qu’ils ont peur de la vague végétarienne qui s’abat inexorablement sur le monde, j’y pense encore aujourd’hui sans me sentir apaisée du tout. Passons sur la compilation de clichés supposément drôles que cette publicité nous force à avaler, tout comme elle voudrait nous faire avaler des paquets de tranches de viande industrielle composée de carcasses d’animaux mal nourris et maltraités, sur-stressés et bourrés d’antibiotiques avant d’être tués dans des conditions épouvantables.

Enfin, je dis passons, mais en fait j’ai envie de m’arrêter. Est-ce que vous avez remarqué que dans les pubs, les gens qui mangent du jambon sont en costume et en robe de soirée et dégustent des tranches de gras avec un raffinement aussi érotisé que le permet l’extraordinaire monde de la publicité ? Ici nous avons au contraire des végétariens typiques, c’est-à-dire, comme le veut l’arrogante ignorance et l’humour à même pas deux balles de l’agence de pub payée par Aoste, des semi-hippies d’un autre temps, coiffés à la serpe et dépenaillés, vivant apparemment dans une grange, qui ne mangent je cite que “du céleri et de la salade”. Pas du tout la classe du dévoreur de cochonnailles aux doigts manucurés enfoncés dans des rillettes.

L’ado de la famille se plaint de ce qu’il n’a pas choisi d’être un lapin et ses parents, cessant de lutter quand même la mention d’un steak de tofu ne parvient pas à rappeler à leur fils toute la richesse de leur mode alimentaire (à ce stade évidemment le spectateur n’en peut plus de se tenir les côtes tant c’est drôle), acceptent d’accéder à sa supplique de l’emmener non pas au McDo comme je m’y attendais, mais devant le rayon charcuterie d’un supermarché. C’est si beau un rayon de supermarché… Des néons plein la figure, voilà notre famille de végétariens debout devant des frigos d’un blanc surnaturel, absorbés par la prometteuse et si alléchante vision de dizaines de paquets plastifiés sous vide. Heureusement, ils savent ce qui est bon (dans une autre vie ils étaient sans doute les représentants de l’autre cliché, celui des gens riches qui aiment la charcute sous cellophane) et repèrent parmi les centaines de jambons le seul qui vaille la peine de trahir tous leurs principes…

Quelques lignes de contre-publicité s’imposent donc, maintenant qu’on a bien rigolé. Et non poilé, parce que je suis contre ; c’est vrai quoi, qu’on laisse les poils tranquilles !

Si la vallée d’Aoste au nord de l’Italie est en effet réputée pour ses procédés artisanaux et sa petite production de jambon cru, la marque Aoste sévit en Isère, possède aussi les marques Justin Bridou et Cochonou et fabrique des centaines de milliers de tranches de soi-disant jambon, mi-cuit d’ailleurs et non cru, parfaitement dégueulasses à tous points de vue, puisque même leur nom n’est qu’une énième tentative de tromper le consommateur amateur de bonne chère et chair.

Le jambon, d’Aoste ou d’ailleurs, est fait à partir de la viande de l’arrière-train et des pattes arrières du cochon. Elle est transformée selon la méthode ancestrale qui assurait aux soldats de mourir pour des raisons plus patriotiques qu’une viande avariée et qui consiste à tremper la viande dans une solution extrêmement salée. Ce qui n’est bon ni pour la pression sanguine, ni pour la santé de nos cellules, aggrave les inflammations, les problèmes d’articulations et de ballonnements. Par ailleurs, c’est une viande riche en graisses saturées, fortement déconseillée par le Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (WCRF), qui a publié en 2011 un rapport de 850 pages reliant directement le cancer des intestins à la consommation de viande rouge et de viande transformée. Le Fonds conseillait de limiter la première et d’arrêter la seconde…

Puisque nous remontons la chaîne, voici quelques informations sur le cochon. De nombreuses expériences montrent que les cochons sont plus intelligents que les chats et les chiens. Ils sont capables de résoudre des problèmes, de jouer à des jeux sur un ordinateur, eh oui… et se reconnaissent dans un miroir (ces expériences ont notamment été menées à Cambridge et si vous ne me croyez pas, je vous retrouverai les articles!). Ce sont des créatures particulièrement sociables, qui aiment les câlins, les jeux, et développent de véritables relations les uns avec les autres. Ils sont remarquablement propres, contrairement à l’image qu’on s’en fait, et ne se couvrent de boue que pour éviter les coups de soleil et se protéger de la chaleur, car ils n’ont pas de glandes sudoripares et ont la peau fine et claire.

Dans les élevages intensifs, les mamans sont inséminées pour produire le plus de petits porcelets possibles, lesquels meurent pour moitié, tandis que leur mère les allaite à travers les barreaux d’une cage si petite qu’elle ne peut pas bouger davantage que pour se lever ou se coucher. Les petits ont la queue et certaines dents coupées, soi-disant pour ne pas se faire mal, ce qui n’arrive jamais dans la nature mais peut survenir quand ces pauvres animaux sont rendus fous par leurs conditions de survie et l’ennui. Ils peuvent aussi être castrés, pour rendre la prise de poids plus rapide. Quand vient pour eux le moment d’enfin quitter cette misérable existence qui n’en a que le nom, ils sont pendus par les pieds, assommés, et dans 20% des cas, se réveillent avant que leur gorge soit tranchée.

Histoire de ne rien oublier et parce que c’est tout aussi grave, les gens qui travaillent dans ces usines sont souvent particulièrement malheureux, voire déprimés. Ramasser chaque matin des porcelets morts et croiser le regard terrible des mamans pour un salaire minimal doit en effet être bien moins rigolo que les publicités que leurs patrons paient à prix d’or à des agences de crétins. Enfin, youpi youplala, n’oublions pas non plus que l’Europe importe chaque année d’Asie orientale et d’Amérique du Sud des tonnes de viande de cochons, élevés dans des fermes qui ne bénéficient pas des merveilleuses régulations qui sont les nôtres…

Maintenant, si vous avez encore envie d’aider Aoste à faire du chiffre, ou si vous trouvez toujours que quand même leur pub est marrante, je ne peux vraiment plus rien pour vous!

Mille pensées à vous tous, bonne soirée et à bientôt. La prochaine fois ce sera plus léger, c’est promis 😉

Au supermarché

6 thoughts on “Aoste, tu l’auras voulu!

    1. Natasha Post author

      Je suis vraiment ravie qu’il vous ait plu, merci à vous d’avoir pris la peine de me le faire savoir!

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  1. Thom Shady

    Attendez, c’était pour quoi déjà le rassemblement de + de 3 millions de personnes à Paris ? Pour la liberté d’expression ? Tout ça car il y a eu un attentat contre des gens qui caricaturaient des peuples ? Merde, ça ne touche pas la religion donc ça compte pas ? Damn qu’est ce que les moutons avancent selon le troupeau, je crois que la moitié des végétos qui gueulent contre cette pub on manifestés Je Suis Charlie mais étant trop occupé à bouffer son herbe avec le troupeau ils ont oubliés les valeurs des manifs Je Suis Charlie.

    Mais bon, pour vous défendre de cette pub vous parlez de la mort des animaux etc, comment sont produits les viandes Aost, on s’en fou ! Je ne mange pas Aost, mais, libre à eux de faire une pub qui caricature sur les clichés bordel de merde !

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    1. Natasha Post author

      Cher monsieur,
      Vous confondez absolument tout. Manifester pour la liberté d’expression ne signifie pas balancer son esprit critique aux chiottes. Jouir de la liberté d’expression signifie par exemple que Charlie Hebdo peut dessiner, pas que je suis obligée d’aimer tous leurs dessins. Ou que Aoste peut faire une pub et moi écrire que leur pub est nulle. Libre à eux oui, libre à moi itou.
      Quand vous lisez la critique d’un film, vous appelez le critique pour lui dire que le cinéaste avait le droit de faire un navet ou vous réservez ce privilège aux écrivailleurs de blogs qui ont envie de pouvoir dialoguer avec leurs lecteurs? Certes, j’ai profité du fait de ne pas avoir aimé leur pub pour les tacler par derrière. Que vous ayez envie de me mettre un carton rouge, très bien; que vous en ayez le droit, je vous le concède; mais je m’en tamponne autant que vous vous en foutez comme vous dites du contenu de mon blog. Je vous invite donc à ne plus y venir, ce qui me conviendra parfaitement.

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  2. Jeanne

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article.
    Et merci aussi à “Tom Shady” d’arrêter de proférer des âneries, ce qui passe par arrêter de tout confondre. Défendre la liberté d’expression, ça n’implique pas de souscrire à des publicités médiocres, laides, et mensongères. Les “Je suis Charlie” et autres “évènement récents” n’ont rien à voir là-dedans, et comme vous le fait remarquer Natasha, vous mélangez vraiment tout, ce qui n’est hélas pas suffisant pour construire une argumentation. Associer les mots “publicité” et “liberté d’expression”, c’est non seulement antinomique, mais en plus, franchement risible.
    Encore une fois, merci à Natasha pour cette réaction solide, claire, et…calme.

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    1. Natasha Post author

      Bonjour Jeanne,
      Je suis ravie que vous ayez apprécié mon article, et je vous remercie pour votre “double soutien”. Inutile de vous dire à quel point je suis d’accord avec vous!
      Je vous souhaite une très belle journée,
      A bientôt,
      Natasha

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