Monthly Archives: November 2016

L’Odyssée – Chant 1 – Les p’tits bateaux

Dans le premier épisode de mon odyssée particulière, comme dans celui j’imagine de tous ceux qui ont vécu une dépression, ou une grosse déprime, ou un énorme épisode de cafard, le bateau coule. Complètement, totalement, pas un meuble de sauvé, pas un bibelot qui surnage. Le capitaine reste aux commandes de manière purement symbolique, ne sachant plus commander quoi que ce soit, de l’eau plein les poumons, à genoux sur le fond, dans le noir le plus complet. Autour de lui, d’autres corps se meuvent, peut-être y a-t-il des sons, mais pas grand-chose ne lui parvient, si ce n’est la douleur, physique et morale.

Quand le bateau coule, peut-on savoir pourquoi? Y a-t-il de mini-épisodes ou des indices qui auraient pu laisser penser que ou entrevoir qu’éventuellement… Peut-être, peut-être pas. Sans doute que nombre d’entre nous ne savent même plus trop quand ils ont réalisé qu’ils avaient sombré, ou quand ils ont commencé à prendre l’eau. Sans doute aussi, certainement, que chacun de nous a son histoire propre, le bois dont il est fait, l’attention, voire l’amour qui a été apporté à sa construction, ses abordages et sabordages, ses rencontres et son équipage, pirates sympathiques et pleins de vie ou ivrognes manipulateurs et malfaisants… Bref, chacun de nous coule pour ses propres raisons. Et à mon avis, certains se retrouvent au fond des océans sans que rien ne l’explique.

Ce n’est donc pas là-dessus, je crois, que raconter mon expérience peut être d’une quelconque utilité, mais plutôt dans ma réalisation progressive -et souvent confirmée ces derniers temps- qu’une fois sous l’eau, même quand seuls les mollets sont immergés, nous sommes très nombreux à ressentir les mêmes terribles sensations ou l’absence tout aussi terrible d’icelles; à avoir avec plus ou moins d’intensité les mêmes pensées qui tournent en boucle et nous torturent; à vivre des épisodes de paralysie, incapables de nous lever, de sortir, plus d’envie, plus d’énergie, plus de joie…

Chacun apporte bien sûr ses particularités à son tableau tout noir; pour les uns ce sera les crises de panique, pour les autres les crises de rage, l’auto-mutilation, le recours aux médicaments, le déni, que sais-je encore. Nous sommes tous bien spécifiques, mais contrairement à ce que nous pensons et ressentons, nous ne sommes pas seuls à vivre ça “comme ça”. Si vous voulez, c’est un peu comme quand on rencontre l’amour de sa vie. On a tous l’impression que nous c’est différent, on aime plus fort que quiconque a jamais aimé et personne ne peut décrire ce qu’on ressent… Chaque histoire d’amour est unique, oui; et la violence de ce qu’on vit est réelle et nous appartient. Mais si on le voulait, on pourrait très bien partager avec d’autres cette expérience, et apprendre éventuellement auprès d’eux les petites astuces testées avec succès pour faire durer notre bonheur.

Je vous l’avoue, si quelqu’un m’avait servi ce discours il y a quelques mois, je lui aurais sans doute arraché les yeux (et quelques mois avant encore, je me serais juste éloignée avec mon vide et ma certitude désespérée que personne ne pouvait comprendre). Si ce que j’écris vous exaspère et que vous trouvez ça totalement con, c’est normal. Mais je le répète et je vais au bout de mon image douteuse rapprochant les amoureux transis des dépressifs anéantis: de nombreux “symptômes” nous lient et de nombreuses méthodes pour aller mieux conviennent à nombre d’entre nous.

Alors je vais arrêter de préparer le terrain, de prendre des pré-cautions, et je vais me lancer, partager tout ça, en espérant qu’un jour peut-être, quelqu’un s’apercevra que ses pieds sont mouillés et choisira de débarquer, ou qu’un autre, tapi au fond de son lit, allumera son ordi pour chercher la sortie -comme je l’ai fait- et trouvera ma main tendue.

Une odyssée en partage

Plus d’un an que le veggie heureux a disparu… Enfin, je n’ai pas disparu tout à fait ; j’ai bien observé au contraire l’évolution du végétarisme dans le monde, et en France en particulier. Il y a bien des choses à en dire, et toutes positives. Indéniablement, la cause fait des avancées phénoménales, ce qui me réjouit.

Pourquoi alors ne pas avoir écrit, partagé, réagi… Eh bien le veggie heureux a été terriblement malheureux ; j’ai traversé ce que je peux honnêtement appeler je crois le pire épisode dépressif de ma vie. Le végétarisme n’a rien à voir là-dedans, et j’ajouterais même que lorsque prise de doute, cherchant une cause « concrète » à mon état, je fis faire un bilan sanguin, ce dernier se révéla plutôt spectaculaire, notamment au niveau des vitamines C et D, généralement en déficit en hiver. Pas une bonne piste donc, pas une réponse simple à mon sentiment de vide et de mal-être, mais j’étais profondément satisfaite d’avoir cette petite preuve à apporter que l’alimentation végétarienne est formidablement complète et nourrissante.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui je reviens, avec énormément d’histoires à partager. J’ai envie de parler de mon expérience, de raconter l’odyssée, les récifs, les vagues, les marées, les attaques, les questionnements, la souffrance, le néant, la paralysie, les pleurs, la colère, les petits moments d’espoir aussitôt écrasés, la recherche de solutions dans toutes les directions imaginables et la découverte d’un nombre renversant de supports, d’études, de chercheurs, de théories, de pratiques…

Je suis persuadée que mon expérience peut aider d’autres personnes qui vivent ce que je vis ou ont des proches qu’ils ne savent pas comment aider ni même comprendre. Il faut parler de cette souffrance, et proposer ce qu’on a soi-même testé, que ça ait ou non marché, que ç’ait semblé ridicule ou passionnant, efficace ou une perte de temps. Eviter peut-être à d’autres de perdre du temps, ou tout simplement leur faire savoir qu’ils ne sont pas seuls à vivre ces moments dévastateurs, à penser ces pensées sombres, à avoir sombré.

Et je n’ai pas envie de détruire mon blog de veggie pour créer un site « dédié » ; peut-être qu’un jour prochain j’écrirais un post avec une recette, ou une analyse des nouvelles publicités sur les produits laitiers, ou des extraits des dossiers parus l’an dernier sur la viande et l’environnement. Entre autres idées qui reposent dans un coin de ma tête, le coin qui va mieux ! C’est mon blog, je m’y suis attachée, et il est un peu le miroir de qui je suis, alors pourquoi ne pas le garder et juste prendre un petit virage ? Après tout, c’est toujours de partage, de respect de la vie et de grandes questions sur la responsabilité et le bien-être qu’il s’agit…

Au programme donc des semaines à venir, dans le désordre et à travers mes propres expériences et découvertes, la quête de sens, les besoins fondamentaux, le désespoir et le suicide, le fonctionnement du cerveau, les « chercheurs » et la science du bonheur, la dépression, la respiration, le yoga, la médication, des vidéos, de la musique, des articles scientifiques, une présentation de Tara Brach, Rick Hanson, Kristin Neff et encore bien d’autres personnes, concepts, tentatives, idées, propositions….