Monthly Archives: December 2014

Etre végétarien en France

Etre végétarien en France n’est pas drôle tous les jours. Pas parce que nous ne mangeons que des plats fades, tristes et beaucoup trop sains pour être bons, non non, ni parce que nous n’apprécions pas les désopilantes plaisanteries et irrésistibles débats que notre statut provoque, si si, mais parce que nous sommes très minoritaires (2 à 3 % selon les derniers chiffres, pourtant en hausse !). Dont sans doute 0,005% vivent à Lyon.

Pendant les deux premières années de ma végéritude, si j’allais au restaurant, je finissais souvent par prendre du poisson, sorte de compromis absurde entre mes principes et ma vie sociale, basé sur l’idée commune que le poisson, « c’est moins grave ». Je tentais toujours d’expliquer que je ne mange pas d’animal, et il me fut -je vous assure que c’est véridique- demandé à deux reprises si dans ce cas du jambon me siérait… Ou je commandais plusieurs « garnitures », terme qui traduit bien le manque d’intérêt affiché pour tout ce qui n’est pas la pièce centrale, animale. Et quelques fois, un ami ayant repéré un « plat pour moi » sur la carte d’un restaurant, je découvrais dépitée que le plat en question semblait avoir été créé par une de ces personnes qui ne voit pas ce qui peut bien exister, en-dehors de la salade et des carottes, qui ne soit pas de la viande…

Dans un pays britannique en revanche, toutes ces désillusions cèdent la place à l’enchantement. Le végétarisme est tellement ancré dans cette culture qu’on peut s’asseoir dans n’importe quel restaurant et y trouver son bonheur de gourmet 100% végétal. La dernière fois que j’étais en Ecosse, j’ai eu un plaisir fou et quotidien à constater que je n’avais pas besoin de préciser au serveur mon appartenance à une communauté particulière et que les plats que j’adore, comme les « bangs & mash » par exemple, existent sans viande (même le haggis a sa version veggie !). Enfin, pour parfaire ce sentiment de plénitude, chaque fois que mon plat m’était apporté, j’appréciais à plus d’un titre le fait qu’aucun de mes voisins de table ne me regardait avec un air désolé et compatissant manger mes pauvres légumes bouillis, parce que personne ne m’a jamais servi de pauvres légumes bouillis.
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Un jour, mon oncle et mon cousin m’emmenèrent dans un très bel endroit appelé The Steak Barn. Tout un programme de veggie ! Les bovidés y paissent tranquillement, juste à côté du hangar ingénieusement aménagé pour accueillir les amateurs de pièces de bœuf particulièrement fraîches. A l’intérieur, un tableau noir accroché sur un mur propose une sélection de hamburgers et quelques accompagnements. En bas de la liste, le burger végétarien. Je fus surprise et n’avais pas fini de l’être. Ce hamburger était une merveille, à laquelle tant mon oncle que mon cousin goûtèrent. Encore une fois, je me retrouvais avec un plat qui ne faisait peine à personne, et à moi moins qu’à quiconque. De larges tranches de champignon et de fines tranches d’aubergine avaient été grillées et recouvertes de fromage et d’une sauce délicieuse, le tout formant un ensemble goûteux, tendre et juteux totalement miam. Ajoutez les frites et les maïs grillés que j’avais pris en supplément, et vous comprendrez que je suis ressortie sans frustration et sans faim !

Entamé à droite sur la photo, je n'ai pas pu résister...

A droite sur la photo et entamé: je n’ai pas pu résister…

Voilà pourquoi depuis que je suis rentrée à Lyon, je passe un temps fou sur les sites anglophones, où je trouve matière à saliver d’avance à l’idée de préparer tel ou tel plat, et où je peux choisir selon mes envies et mes capacités culinaires limitées, des plats simples, de tous les jours, plus recherchés, raffinés, nourrissants et réconfortants, etc., et vous les proposer. Ceci étant, il y a de plus en plus de blogs veggie francophones auquel il faudrait que je jette un coup d’œil. Et des livres que je dois lire aussi, mais bon, je m’égare et nous verrons cela une autre fois !

Quant aux restaurants, nous avons trouvé une solution et découvert deux restaurants végétariens à Lyon. Quand nous avons envie de sortir à plusieurs, nous allons manger indien. Si on aime cette nourriture, le restaurant indien reste le plus sûr moyen de manger à l’extérieur avec des amis et de les voir lorgner sur nos plats sans viande, et sans concessions. Et je vous parlerai plus en détails des deux restaurants végétariens que j’ai testés avec grand plaisir et re-testerais certainement bientôt.

Merci d’être là et bon lundi !

Condition animale: petit bilan illustré de l’année 2014

Tandis que la fin de l’année approche, et que j’ai encore environ 12438 idées de posts parmi lesquels choisir, j’opte finalement aujourd’hui pour un very-positif-post: quelques belles avancées 2014, qui prouvent que les droits des animaux sont un sujet pris au sérieux et une cause qui progresse. Grouaaaarr (rugissement de joie) !

Un des principaux problèmes est qu’en France, comme dans beaucoup d’autres pays, les animaux sont écartelés non seulement dans les labos et les abattoirs, mais aussi entre leurs différents statuts légaux: “êtres sensibles” selon le Code rural et protégés par le Code pénal qui condamne tout acte “de cruauté ou de maltraitance” à leur égard, ils sont cependant rangés parmi les “meubles” dans le Code civil. Code qui date de 1804 et a été rédigé pour organiser le commerce, notamment des produits agricoles…

Certains décrets et dispositions viennent eux aussi s’ajouter à ce flou juridique, combattu bien entendu par les associations et défenseurs de la cause animale, qui demandent que le statut des animaux soit définitivement changé et leurs droits reconnus. Vaste débat, qui soulève énormément de questions à la fois juridiques, éthiques, philosophiques et bien sûr économiques… Si depuis Descartes on ne considère malheureusement plus que les animaux ont une âme, plus aucun scientifique ne défend aujourd’hui cette opinion. Et partout dans le monde, lentement mais sûrement, les choses changent pour le mieux:

Furry babiesPlusieurs grandes marques de vêtements ont annoncé qu’ils ne vendraient plus aucun vêtement ou accessoire avec de l’angora. Pour information, ignoble mais parfois nécessaire, sachez que cette fourrure est arrachée de la peau de lapins dont les pattes sont attachées à deux cordes afin que leur peau soit bien tendue. Ensuite ils sont remis en cage jusqu’à ce que leur peau à vif cicatrise, que les poils repoussent, et ainsi de suite… Une vie en enfer ou plutôt un enfer de vie, que ne soutiendront plus ASOS, H&M, Calvin Klein, French Connection, Tommy Hilfiger, Lacoste, Monsoon et All Saints. Bravo et merci !

alternatives-research Le gouvernement indien a annoncé en mai 2014 qu’il serait désormais interdit en Inde de tester les produits cosmétiques sur des animaux. En novembre de la même année, il a déposé une loi interdisant l’importation dans le pays de produits cosmétiques testés sur des animaux. Une superbe avancée, qui épargne à des millions d’animaux des expériences cruelles dont ils ressortent aveugles, brûlés et empoisonnés, quand ils en ressortent. Viva India !

Family of lionsEn attendant décembre 2015 et l’officialisation par la Grande-Bretagne de sa décision d’interdire la présence d’animaux sauvages dans les cirques -une mesure qui a déjà été implémentée en Autriche, en Bosnie, en Croatie et en Grèce ainsi qu’en Bolivie, Colombie, au Paraguay et au Pérou- le Cirque International de Moscou a pris l’engagement de ne plus utiliser d’animaux du tout dans ses spectacles.

phoque_bebeL’Organisation Mondiale du Commerce a rejeté l’appel des gouvernements canadien et norvégien contre l’embargo européen, et confirmé l’interdiction de commercialiser sur l’ensemble du territoire européen les produits issus de la chasse aux phoques, qu’il s’agisse de leur peau, de leur viande ou des autres produits dérivés de ce sanglant massacre. Cette interdiction représente une réjouissante première pour le droit international, et encore davantage pour les quelques 400 000 phoques qui pouvaient parfois être tués en une seule année…

AAVS MonkeyLa compagnie aérienne China Southern Airlines a annoncé en mars sa décision de ne plus transporter sur ses avions les singes envoyés d’Asie vers les laboratoires européens et américains où ils sont vivisectionnés, estropiés et mutilés. Une belle victoire pour nos amis primates, obtenue par l’organisation internationale PETA. Félicitations et surtout youpi !

Pour finir, en guise de digestif après ce festin de bonnes nouvelles et mes métaphores indigestes, une petite citation d’Isaac Bashevis SInger, prix Nobel de littérature: “Je suis végétarien pour des raisons de santé; la santé des poulets“. Héhé.

bird by Jan Vis

A bientôt chers amis, et portez-vous bien !

 

Le débat végétarien: il n’y a pas que Bardot!

Si vous avez commencé à manger moins de viande, et que votre amour ou du moins votre empathie pour les animaux en est en grande partie la cause ; ou que vous pensez que porter de la fourrure à notre époque est aussi cruel que stupide et que vous avez envie comme moi de demander à chaque femme à poils que vous croisez pourquoi mais pourquoi ; ou encore si vous estimez que passer des poussins encore vivants au mixer sous prétexte qu’ils ne donneront pas d’oeufs ou tirer sur une famille de petits marcassins pour préparer Noël n’est carrément pas sympathique, vous aurez peut-être eu droit à cette formidable question qui n’en est pas une : « Ah tu vas pas faire ta Bardot quand même ? ».

Le pouvoir de l’image… Nous comprenons illico et grosso modo que nous sommes des hystériques qui préférons les animaux à nos semblables et accessoirement, que nous faisons suer notre monde. Comme nous ne voulons absolument pas passer pour quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin à Brigitte Bardot, surtout sans en avoir ni la bouche somptueuse ni les jambes fantasmatiques ni la voix d’une invraisemblable sensualité, nous poussons un faux éclat de rire et confirmons que ah mais non non pas du tout alors là absolument pas rien à voir.

Sans épiloguer sur cette femme que chacun peut juger comme il l’entend s’il trouve important de le faire, sachez comme je le précise dans le titre de ce post -eh oui il y a une logique à tout ceci-, qu’il n’y a pas que Bardot. Plutôt que rougir de honte et retourner vous cacher dans le terrier des rabat-joie et des casse-bonbons, rajoutez-en donc une couche en répondant que ma foi vous n’avez rien contre BB, qui n’était pas plus radicale finalement qu’Alexandre von Humboldt, mais que vous préférez penser que vous suivez les préceptes d’Albert Schweitzer, que vous vous joignez à l’opinion de Milan Kundera et que vous partagez entièrement l’avis de Jeremy Bentham.
Votre image de casse-bonbons ne s’en trouvera pas du tout améliorée, mais vous vous sentirez moins con, ce qui n’est pas négligeable.

Moulte gratitude à vous, chers lecteurs, et à bientôt.

Quelques citations ci-dessous, ne serait-ce que pour constater que ce débat est loin d’être récent – et encore, je ne vous ai pas mis les citations d’Ovide, Pythagore ou Plutarque qui s’exprimaient déjà à leur époque sur ce sujet qui toujours passionne, et confronte…

DevinciKunderaZolaSchweitzer
Le temps viendra où des hommes tels que moi regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent maintenant le meurtre de leurs semblables.
Léonard de Vinci, peintre, scientifique, ingénieur… mort en 1519

La grandeur d’une nation et son avancement moral peut être jugé de par la façon dont elle traite les animaux… Je considère que plus une créature est sans défense, plus elle a droit à être protégée par l’être humain de la cruauté humaine.
Mahatma Gandhi, père fondateur de l’Inde moderne, mort en 1948

Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille.
Léon Tolstoï, écrivain mort en 1910

La question n’est pas de savoir s’ils peuvent raisonner, ni s’ils peuvent parler, mais bien s’ils peuvent souffrir.
Jeremy Bentham , philosophe, mort en 1832

La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité, ce sont les relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux.
Milan Kundera , écrivain

Le sort réservé aux animaux m’est plus important que la peur de sembler ridicule; il est indissociablement lié au sort de l’humanité.
Emile Zola , écrivain mort en 1902

Jusqu’à ce qu’il étende le cercle de sa compassion à toutes les créatures vivantes, l’homme lui-même ne trouvera pas la paix… Jadis, le fait de croire que les hommes de couleur étaient vraiment des hommes et devaient être traités humainement passait pour une folie. Aujourd’hui, on considère comme exagéré de prétendre qu’un des devoirs imposés par l’éthique rationnelle est de respecter ce qui vit, même dans ses formes inférieures. Mais un jour, on s’étonnera qu’il ait fallu autant de temps à l’humanité pour admettre que des déprédations insouciantes causées à ce qui vit sont incompatibles avec l’éthique. 
Albert Schweitzer, médecin et philosophe, prix Nobel de la paix en 1953, mort en 1965

La cruauté à l’égard des animaux n’est conciliable ni avec une véritable humanité instruite, ni avec une véritable érudition. C’est un des vices les plus caractéristiques d’un peuple ignoble et brutal. Aujourd’hui, pratiquement tous les peuples sont plus ou moins barbares envers les animaux. Il est faux et grotesque de souligner à chaque occasion leur apparent haut degré de civilisation, alors que chaque jour ils tolèrent avec indifférence les cruautés les plus infâmes perpétrées contre des millions de victimes sans défense.
Alexander von Humboldt, naturaliste et géographe allemand mort en 1859